Le Seuil et l'Effondrement
L’atmosphère est épaisse. Il n’y a pas de musique. Seul le bruit hésitant du souffle d’Elle. Elle est assise, peut-être contre un mur froid, ou simplement sur le bord d’un fauteuil profond, les mains serrées. Il est debout, ou à peine à un pas, la dominance est dans sa seule verticalité.
Il n’a rien touché. Seule Sa voix est l’instrument.
- Tu es à la limite.
Il ne le demande pas. Il l’énonce. C’est une simple constatation, car Il lit chaque tressaillement de sa peau. Ses muscles ne tremblent pas encore, mais la tension dans son ventre est déjà une certitude. Elle essaie de ralentir son cœur, de contenir la chaleur qui monte dans sa gorge, mais la tentative même la trahit.
- L’edging, ce n’est pas un jeu. C’est là que ton corps se révèle à moi.
Il parle du plaisir imminent comme d’une chose qu’Il tient dans la paume de sa main. Un feu qu’Il peut soit souffler, soit éteindre.
Il commence à compter. Doux, mais ferme. Chaque chiffre est une promesse et un supplice.
Quatre. Le bassin réclame. Ne bouge pas. Laisse la vague s’élever.
Trois. Ton souffle est une plainte. Le goût est salé sur tes lèvres. Tes mains tremblent. Tu vas me donner le cri que tu retiens.
Deux. La tension est au maximum. Tu es au bord du précipice. Explose.
Le souffle d’Elle se déchire. Les gémissements luttent pour s’échapper. Elle se mord la lèvre, mais une faible plainte s’arrache. Le plaisir est là, brutal, une morsure. Elle est sur le point de se briser.
Et là, Sa voix devient un coup de cravache silencieux.
- Stop.
Le mot tombe, lourd, absolu.
Il ne retire rien, car Il n’a rien donné. Il retire juste Son autorisation.
Elle s’effondre. Non pas au sol, mais dans son propre corps. Le tremblement se transforme en une douleur exquise, la pression retombe avec une violence sèche. Son corps le maudit, ses yeux, lorsqu’ils Le rencontrent, sont pleins de larmes silencieuses de frustration et de supplication.
- Tu vois ? Tu es à Moi. Ton orgasme ne t’appartient plus. Il est la flamme que je contrôle. Et nous recommençons.
Il ne sourit pas. Il est le seul témoin de cet effondrement, de cette prière qui se reforme déjà.
-Dis-le. Dis que tu veux que je reprenne.
Elle essaie de parler, mais seul un son cassé et humide s’échappe. Elle ne peut articuler que le mot :
- S’il te plaît.
Le mot est arraché à la gorge, une prière brute. Il incline légèrement la tête, satisfait de cette confession totale.
- Bien. Reprends ta place. Et écoute-moi.
Il prend une profonde inspiration, lui laissant juste le temps de reprendre une bribe de souffle, et recommence le jeu, le feu sous sa langue. La torture exquise est relancée. Le vrai jeu vient de commencer.
