Il y a des présences qui s’imposent sans faire de bruit. Elias appartient à cette catégorie. Il n’a pas les traits parfaits des magazines, mais sa haute stature, son calme olympien et cette assurance naturelle propre aux esprits brillants de la tech font pivoter les têtes dès qu’il franchit le seuil d’une pièce.
Célibataire depuis deux ans ,deux années entièrement consacrées à l’obtention de son master et au lancement de sa carrière , il avance avec une clarté redoutable.
Face à lui, Claudia est un mur de retenue. À 27 ans, le sarcasme est son armoire forte, son humour noir une armure. Sensuelle malgré elle, avec ses yeux captivants et ses lèvres charnues, elle cultive une distance millimétrée. Depuis un an et sa dernière rupture, elle garde les hommes à bonne distance.
Sauf qu’Elias s’est faufilé dans les failles. Sapio-sexuelle assumée, Claudia a d’abord été séduite par son intelligence affûtée. Elias, lui, a perçu sous la rigueur de Claudia ce magnétisme féminin brut qu’elle tente d’étouffer.
Au fil des mois, leur complicité est restée sagement ancrée dans le cadre amical : déjeuners, verres après le travail, conversations fluides. Mais la véritable étincelle est née avec l’éloignement, lorsqu’Elias est parti plusieurs semaines à l’étranger pour des raisons professionnelles. Les messages occasionnels se sont mués en appels quotidiens. L’absence a creusé le manque, libérant les aveux.
« Tu me manques. J’ai envie de te voir. »
À son retour, l’évidence d’une rencontre s’imposait. Ils se sont retrouvés en fin d’après-midi dans un bar intime, sous une lumière douce.
— Je te trouve particulièrement belle aujourd’hui, glisse Elias en posant son verre, ses yeux sombres fixés sur elle. Remarque, je t’ai toujours trouvée magnifique.
Un frisson traverse la colonne de Claudia. Le sarcasme n’a plus lieu d’être.
— Et toi, tu as ce charisme... cette présence, répond-elle à voix basse. Tu n’as même pas besoin de parler pour qu’on ne remarque que toi.
Après ce verre, Elias propose naturellement de la raccompagner. Mais une fois installés dans la pénombre de la voiture, la proximité physique rend l’air dense, presque irrespirable. La tension accumulée pendant des mois d’amitié et des semaines d’éloignement atteint son point de rupture.
Claudia tourne le visage vers lui.
— Il est encore tôt, lance-t-elle doucement. On n’est pas obligés de s’arrêter là. On pourrait aller chez toi... juste pour poser et prendre un dernier verre.
Elias marque une pause, son regard scrutant le sien avec une intensité troublante.
— Tu es sûre de toi ?
— Tout à fait, murmure Claudia. Je pourrai toujours rentrer plus tard.
Sans un mot de plus, Elias démarre. Direction son appartement.
